Le mariage chinois – Communauté Wenzhou

Je vais tenter de vous expliquer le fonctionnement d’un mariage chinois de la communauté Wenzhou, celle dont mes parents font partie.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’y a pas de passage à la mairie lors de cette « cérémonie », donc légalement, il ne vaut rien.
Le couple va devoir passer à la mairie en petit comité, soit avant la date du mariage chinois, soit après.

Pourquoi ce mariage est-il aussi important pour la famille ?

  • Tout d’abord, c’est l’occasion de se présenter à toute la famille et que votre couple soit également reconnu.
    C’est le moment où vous aller annoncer que votre partenaire c’est du sérieux.
    Dans la tradition, l’année suivant le mariage, il faut que vous ayez un enfant.
  • Le mariage c’est également une question d’argent que vous dépensez puis, que vous aller « récupérer ».
    Dans la communauté Wenzhou, selon la relation plus ou moins intime que vous entretenez avec les mariés et leurs parents, il vous faudra donner une somme d’argent plus ou moins importante.
    Par exemple, si vous êtes le frère ou la soeur d’un des parents, la somme peut aller jusqu’à 1000€, voire plus.
    Si vous êtes une connaissance lointaine mais pas assez puisque vous êtes invités, cela peut aller de 100€ jusqu’à 500€.
    En sachant que généralement, vous vous basez sur ce que les autres invités donnent pour ne pas paraître trop radin, puisque toutes les sommes ainsi que les noms des familles donatrices sont tenus dans un registre qui est conservé sur plusieurs générations.
    Il ne faut pas oublier que certaines sommes sont tabou, par exemple, ce n’est pas très bien vu de donner 400€.
    4 étant le chiffre porte malheur (4 a la même prononciation que la mort, superstition asiatique).
    Disons qu’en moyenne, pour résumer de manière très grossière, c’est 100€ par tête minimum.
    Il sera très mal vu de ne donner que 100€ et d’y aller à deux.
    Et les chiffres ronds sont très appréciés.

Pour résumer, généralement, si vous faites partie de la famille très proche, vous irez au mariage avec toute votre famille pour rentabiliser le prix de la donation.

Le mariage chez les Wen’ (diminutif de Wenzhou/Wenzhounais) c’est une question de rentabilité.
Chaque famille veut absolument que ses enfants se marient pour récupérer l’argent qu’ils ont donné lors des mariages auxquels ils ont été invités auparavant.
Si on compte qu’une table au restaurant c’est environ 1000€ pour 10 personnes, et qu’en moyenne, l’argent récupéré par tête est de 100€. Sachant que les dons lors d’un mariage sont plus élevés.
On peut compter que les parents organisateurs récupèrent entre 1000€ et 2000€ par table d’invités.
Un mariage wen’ c’est plus de 10 tables.
Je vous laisse calculer.

Cette tradition de circulation d’argent est également appliquée pour les fiançailles, les baptêmes ainsi que les enterrements. Si je ne m’abuse.

Maintenant, parlons de la préparation au mariage.
Tout d’abord, le mariage ne dure qu’une seule journée et se déroule dans un restaurant chinois assez grand pour accueillir une centaine de personnes.
Il y a deux repas, un le midi, et un le soir.
Sachant que les plats seront similairement les mêmes pour les deux repas, à quelques différences près.
Il est de votre choix de choisir deux restaurants différents ou un seul.
En temps normal, on choisit deux restaurants différents, et celui du soir est beaucoup plus luxueux que celui du midi.
La partie la plus importante est le soir, il y a le gâteau et toute la cérémonie avec les familles invitées qui signent sur un tissu en soie rouge, et donnent l’argent à des personnes désignées qui s’occuperont des comptes et noteront les sommes d’argent données dans le registre.

Généralement, les futurs mariés louent leur costume.
En sachant qu’on ne se marie qu’une fois, les Wen’ sont très proches de leur argent, et ne trouvent pas nécessaire d’acheter une robe ou un costume à un prix excessif, surtout si ce n’est que pour le porter une journée.

Les faire-part étaient fournis par le restaurant dans lequel le mariage se déroulerait.
C’était un carton de couleur rouge, comportant l’adresse du restaurant et un texte déjà pré-écrit.
Il ne restait qu’à le remplir tel un formulaire, avec le nom des futurs « mariés » et de mes parents.
L’enveloppe rouge dans lequel entrait pile-poil le cartonné, était également fourni par le restaurant.
Heureusement, comme c’était très bien fait, il y avait une partie en français et une autre en chinois.
Je me suis occupé des enveloppes pour mes amis proches, et ma mère s’est occupée de remplir pour la famille et ses amis.
Bien entendu, il était hors de question que j’invite des amis à mon mariage en leur forçant la main sur la question de donation.
Ma mère était totalement contre l’idée d’inviter des Français radins qui viendraient manger gratuitement.
C’est pour cela que nous avons fait une liste aussi restreinte que possible, en invitant nos amis les plus proches.

Concernant la robe blanche.
Je me suis rabattu dans une boutique tenue par des chinois, pas loin de Belleville, et où j’ai finalement trouvé une robe potable pour moins de 400€.
Elle n’était pas parfaitement à ma taille, presque aucune retouche n’a été faite, mais cela suffisait pour le jour-J.
Du moment qu’elle avait été validée par ma mère et ma tante.

Concernant le coiffeur et maquilleur.
Toute la famille s’est fait coiffer et maquiller dans la même boutique où j’ai acheté la robe.
Peu importe si cela ne m’allait pas, du moment que ma mère était contente et trouvait que c’était bien.
C’était le principal.

D’ailleurs, le caméra-man et le photographe furent également embauchés dans même boutique.
Comme quoi, on a fait au plus simple.
Cette option est obligatoire dans un mariage Wen’.
Il faut qu’un film soit fait et que des photos soient développés.
A l’époque, le film du mariage était enregistré sur une cassette qui passait de famille en famille.
De nos jours, c’est gravé sur un DVD.
Les photos prises, sont des photos de portraits, individuelles ou non, des différentes personnes présentes lors du mariage. C’est une manière de garder une trace et de dire qu’on était là.
Toutes les photos développées sont alors triées par la famille des mariés, et ensuite distribuées et offertes aux familles correspondantes.
C’est aussi une manière de dire que les invités ne repartent pas les mains vides.
En temps normal, un shooting est fait avant le mariage pour avoir de belles photos à présenter pour l’occasion.
On y a échappé.
Il y a également un shooting pendant le mariage, entre le repas du midi et celui du soir.
Tous les invités sont censés suivre les mariés dans Paris, dans un ou plusieurs endroits : Parc, Tour Eiffel, Place de la Concorde, etc. Prendre quelques photos, et repartir pour se préparer avant le repas du soir.
Si vous voyez beaucoup d’asiatiques en robe blanche le dimanche, autour d’un lieu touristique, c’est fort probable que ce soient des Wen’.
Heureusement, on y a également échappé.
Ce rituel ne me tient pas du tout à coeur : l’organisation chinoise est un bordel sans nom, le lieu est décidé au dernier moment, le mot est passé au cours du repas de midi. Tout le monde n’est pas véhiculé, donc les parents essayent de caser telle ou telle personne dans la voiture de machin de telle famille parce qu’il reste de la place.
Lorsque le tour des tables est fait pour savoir qui a une voiture et qui conduit, on distribue des enveloppes rouges qui contiennent de l’argent, à tous les conducteurs.
Ensuite, seulement, les gens commencent à partir pour le lieu choisi, et doivent attendre sur place, que les mariés arrivent. Sans compter les embouteillages, et la facilité à trouver une place où se garer à côté du lieu.
Ma mère a bien voulu couper à ce rituel parce que : « Comme ça, on aura pas à donner des enveloppes rouges aux conducteurs. Ca fera des économies. »
Sinon, il existe aussi une autre solution : c’est de louer un car assez grand pour emmener tout le monde au shooting de groupe. Ca arrive très rarement.

Maintenant, parlons du jour-J.
Au lieu de faire le tour sur un seul jour, on a préféré étaler ça sur deux jours.
Ainsi, le repas du midi a été avancé à samedi soir, et le repas le plus important était le dimanche midi.

Il fallait 3 robes différentes pour l’occasion.
Une rouge pour le samedi soir, que j’ai louée.
Une robe blanche pour dimanche matin, et midi.
Et une dernière rouge, pour le milieu et fin de repas, le dimanche midi. Egalement louée pour l’occasion.

Le samedi soir, étant un repas beaucoup plus calme et moins important, il n’eut pas grand chose à préparer mis à part le maquillage et la robe rouge.

Le gros de l’événement était dimanche.
La mariée est maquillée le matin de son mariage.
Elle doit se rendre chez ses parents et attendre sagement dans sa chambre, avec sa robe blanche, sur le lit.
Toute la maison est décorée pour l’occasion.
Le marié arrive chez ses beaux-parents et doit passer quelques épreuves.
Tout d’abord, la jeune mariée n’est pas seule chez elle, il y a toute sa famille et certains amis qui attendent l’arrivée du marié.
Leur but sera de l’empêcher de rejoindre son aimée.


Le marié devra les amadouer avec des enveloppes rouges qui contiennent toutes quelques billets d’€ pour essayer d’atteindre la chambre où se trouve la mariée.
Heureusement, nous avons échappé à cette tradition.
Une enveloppe rouge a été donnée à ma tante et mon oncle, qui se sont occupés de préparer la chambre.
Les mariés s’installent sur le lit et une série de plats leurs sont apportés.
Tout d’abord, le thé, puis du tangyuan : une soupe à base de boulettes de pâte de riz, puis des nouilles.
Il n’est pas nécessaire de finir son bol. C’est juste pour la tradition.
La soupe tangyuan a une signification particulière, elle peut être dégustée lors de réunions familiale, elle a la même prononciation que le mot « réunion » ou « union ».
Les nouilles sont pour la longévité.
Deux personnes différentes apportent le plateau, et nous laissons deux enveloppes rouges à chaque fois.

Ensuite, vient la cérémonie avec les grands-parents.
Les mariés leur donnent le thé : eux, assis sur le canapé. Nous, à genoux devant eux.
En échange nous recevons des enveloppes rouges de leur part, puis ils nous aident à nous relever.

Nous nous rendons au restaurant.
Une partie de la famille est déjà sur place.
Une table est préparée dans l’entrée, une nappe rouge y est dressée.
Deux personnes sont désignées pour rester derrière et tenir les comptes.
Les mariés sont les premiers à signer sur la toile en soie rouge.
La demoiselle et le garçon d’honneur sont les suivants à signer.
Les parents du marié, puis ceux de la mariée signent également le tissu.
Ils se rangent en ligne à côté de la table.
Tous les invités devront alors leur serrer la main, puis prendre une photo avec nous, signer également le tissu, donner leur enveloppe rouge, avant d’entrer dans la salle du restaurant.
Toute cette scène est filmée par le caméra-man.
Après tout le défilé des invités, les mariés peuvent enfin fermer la marche et entrer dans la salle du restaurant.

Le repas peut commencer.
A peine avoir posé nos fessiers sur une chaise, avalé quelques bouchées, nous devons nous lever et commencer à trinquer avec toutes les tables.
La tradition veut que le marié fasse cul-sec à toutes les tables.
La journée passe très vite.
Après avoir trinqué avec une table, et tenté d’avaler quelques bouchées de nourriture pour tenir la route, nous avons à peine le temps de discuter avec les invités.
La dizaine de plats passent en un coup d’oeil, et nous arrivons rapidement au dessert.
Il y a une « pièce montée » de gâteaux chinois à base de fruits. C’est le restaurant qui s’en est occupé, c’est juste un gâteau lambda pour tous les Wen’.
D’ailleurs, les invités chinois commencent peu à peu à se préparer à partir, en laissant les gâteaux intacts.
En à peine quelques heures, la fête est expédiée.

Voilà, nous nous sommes mariés à la chinoise.

Tous les détails que j’ai présenté n’engagent que mon expérience, et si d’autres personnes de la communauté veulent corriger les erreurs que j’ai pu écrire, ou ajouter des informations.
N’hésitez surtout pas à m’en faire part dans les commentaires.

Cet article est destiné à toutes les personnes qui souhaiteraient comprendre le pourquoi du comment au sujet de mon mariage plus que prématuré.
Aux yeux de ma famille, nous sommes mariés.
Cependant, à proprement parlé, vu que nous ne sommes pas encore passés à la mairie, aux yeux de la loi, nous ne sommes pas unis.
C’est pour cela qu’à chaque fois qu’une personne en dehors de ma famille me considère comme mariée, je le nie.

Je remercie tout de même, toutes les personnes qui m’ont présentée leurs voeux de bonheur.
J’en profite également pour présenter mes excuses aux personnes que je n’ai pas pu inviter.
Cela a été fait presque complètement à l’arrache.
Pour ceux qui s’inquiétaient au sujet du mariage légal, il est prévu mais pas pour tout de suite.

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About Lau

Frenchy cat on the sofa.

7 responses to “Le mariage chinois – Communauté Wenzhou”

  1. Raton-Laveur says :

    Ayant été invité par Alice (encore merci !), voici les coulisses de l’évènement. Je savais déjà qu’arriver avec un seifuku pour la mariée et faire plaisir au marié serait décalé, mais j’apprends maintenant que c’est carrément tabou.

    Profitons-en pour relater ce qui m’a marqué, en tant que français invité dans un mariage Wenzhou. Surtout pour confirmer certaines légendes et ouï-dires que j’ai pu confirmer de mes yeux :
    – Alice a raison sur la taille : le restaurant était long comme un terrain de foot et large comme ledit terrain coupé en deux. Je n’ai pas compté les tables, mais il y en avait plus de 10, environ une quinzaine je pense.
    – les paquets de cigarettes sur chaque table entre les condiments. Je crois que c’est pour les grandes occasions, mais la loi sur la clope dans les restaurants, c’est comme à l’ambassade, ici ça s’applique pas.
    – l’énorme plat posé sur un énorme disque de verre qu’on fait tourner pour se servir. Oui, comme au début d’Indiana Jones et le Temple Maudit.
    – le karaoke, omniprésent : des écrans sur tous les pilliers et tous les murs de la salle. Les chansons sur des catalogues, tous différents (il devait bien y en avoir quatre différents, imprimés en plusieurs exemplaires), triés par langue : des chansons en chinois, allemand, français, anglais, je crois même avoir vu une page dans du danois ou du suédois. Les chansons françaises étaient des variétés avec du Gainsbourg, du Sardou, du Montagné, La Vie en Rose, les comédies musicales de Kamel Ouali… On a même trouvé et chanté Never Gonna Give You Up de Rick Astley !
    – le karaoke, bis : géré par une armada de lecteurs Video CD, DVD et même Laser Disc. Avec certains invités spécialistes en vidéo, on arrivait à voir que tel ou tel clip était mal rippé ou désentrelacé d’une source BetaMax vers LaserDics vers DVD, façon vieux fansub sur VHS réalisé avec une carte d’acquisition pour Amiga. Certaines chansons françaises ont un texte phonétique en chinois. On a vu des clips vidéo de vieux chants communistes avec des défilés militaires et des chanteurs en manteaux avec casquette étoilée devant le drapeau, repris en chœur par toute la salle.
    – Cependant, pas de dance floor ou de DJ ; on est au restaurant, ce n’est pas une salle louée pour manger.
    – Alice ne l’écrit pas vraiment, mais l’espace entre la fin des festivités le samedi soir et le début le dimanche matin est si court que les mariés ont quasiment fait une nuit blanche. Quelle énergie de leur part !
    – la soupe à l’aileron de requin, je crois bien qu’on y a eu droit, le samedi soir et le dimanche ; difficile à vérifier, on va pas demander au serveur ce qu’on a dans l’assiette. Un gros morceau triangulaire de chair de poiscaille bouilli, comme du cartilage en plus tendre. Comme prévu, c’est un plat de mariage non pas parce que c’est spécial, mais à la façon du foie gras ici-bas, c’est parce que c’est rare et cher. Gordon Ramsay a encore du boulot pour décourager les chinois de cette tradition.
    – Je crois qu’il y avait six plats le samedi soir et neuf plats le dimanche, un véritable festin, des bacchanales asiatiques. Il était possible de demander des barquettes pour ramener les restes à la maison ; certains invités sont repartis avec des sacs format super-marché remplis de victuailles pour limiter le gaspillage.

    Vu de l’extérieur, c’était comme un mariage dans les pays du sud de l’Europe : une occasion de voir toute la famille étendue réunie dans un même lieu. Sauf qu’Alice le met en toutes lettres : là où les mariages italiens ou espagnols ramènent une smalah qui atteint la centaine de têtes, c’est ici une communauté de plusieurs familles qui s’honorent mutuellement.

  2. Chu says :

    Y´a plus besoin d’acheter une voiture de luxe pour le mari et que le mari achète une montre de luxe pour sa femme et lui ?

    • Chu says :

      Les mariages se font de moins en moins dans les restaurant chinois aussi mais dans des restaurants spécialisé dans l’événementielle comme pavillons Dauphiné ou Salon Hoche …

      • Lau says :

        En effet, cela dépend vraiment du budget que la famille veut bien accorder au mariage.

    • Lau says :

      Je me suis mariée avec un Français donc nous ne nous sommes pas fait ce genre de cadeau, du coup je ne sais pas du tout.
      C’est peut-être encore le cas dans les mariages 100% wen’…

  3. Chu says :

    J’ai oublier aussi de dire que le repas du midi se fait aussi de moins en moins.

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